Des feutres, un paperboard… et si c'était le début d'un apprentissage réussi ?

1. L'apprentissage commence avant le contenu
Et si les conditions d’apprentissage étaient déjà en train de se jouer… avant même que la formation commence ?
Quand les apprenants entrent dans une salle, ils ne viennent pas seulement avec leurs connaissances.
Ils arrivent aussi avec leurs expériences, leurs attentes, leurs questions, parfois leurs appréhensions.
Avant même le premier exercice, chacun peut se demander :
Est-ce que je vais oser prendre la parole ?
Est-ce que je peux poser une question si je ne comprends pas ?
Que va-t-il se passer si je me trompe ?
Est-ce que ma contribution sera entendue ?
Et ces questions ne sont pas anodines lorsqu'on demande à un groupe d'apprendre ensemble.
Avant même de transmettre quoi que ce soit, le formateur contribue donc déjà à créer – ou non – les conditions dans lesquelles les personnes vont pouvoir apprendre.
2. Pour apprendre, il faut pouvoir prendre des risques
J'ai envie ici de vous parler des travaux d'Amy Edmondson qu'elle a mené sur la sécurité psychologique. Elle s'intéresse précisément à ce qui permet aux membres d'un groupe de prendre des risques interpersonnels.
Dans son étude fondatrice de 1999, menée auprès de 51 équipes, elle définit la sécurité psychologique comme la croyance partagée qu'un groupe est suffisamment sûr pour permettre ce type de prise de risque. Elle observe également une association entre sécurité psychologique et comportements d'apprentissage.
Et dans une situation de formation, les « risques » sont finalement très ordinaires :
- poser une question ;
- dire qu'on n'a pas compris ;
- demander de l'aide ;
- proposer une idée ;
- recevoir ou demander du feedback ;
- reconnaître une erreur ;
- expérimenter quelque chose de nouveau.
C'est exactement ce que l'on demande aux apprenants de faire.
Si je veux que mes apprenants participent, expérimentent et apprennent, je dois donc me préoccuper aussi du contexte dans lequel je leur demande de le faire.
3. La sécurité psychologique n'est pas "mettre tout le monde à l'aise"
sécurité psychologique ≠ confort
La sécurité psychologique ne signifie pas créer une formation où tout est confortable, consensuel ou sans exigence.
Elle signifie plutôt que le coût social perçu d'une prise de parole, d'une erreur ou d'une question est suffisamment faible pour que la personne ose le faire.
Les recherches d'Edmondson montrent d'ailleurs que la sécurité psychologique est liée à différents comportements d'apprentissage et, plus largement, à la capacité des équipes à apprendre et à fonctionner dans des environnements complexes.
Créer un cadre sécurisant ne signifie pas supprimer la difficulté. Cela signifie permettre aux apprenants d'oser entrer dans la difficulté.
Les facteurs qui contribuent à cette sécurité :
- un cadre explicite ;
- une relation de confiance ;
- une possibilité réelle de s'exprimer ;
- une écoute du groupe ;
- une réaction constructive aux erreurs et aux questions ;
- des repères sur ce qui va se passer.
Et c'est ici que je trouve le visuel particulièrement intéressant.
Parce qu'il permet de rendre visibles certaines de ces conditions.
Il peut accueillir.
Il peut donner des repères.
Il peut expliciter le cadre.
Il peut ouvrir un espace de parole.
Il peut montrer que le groupe est écouté.
4. Alors, que peuvent faire un feutre et un paperboard?
=> quatre petits gestes pédagogiques visibles
🖍️ Le paperboard de bienvenue

Message implicite :
« Tu es attendu ici. »
Avant même que le formateur ne prononce un mot, ce premier visuel accueille les participants.
Il montre que la séance a été préparée avec soin et contribue à réduire les premières appréhensions. Il donne le ton de la journée : ici, vous êtes attendus.
🖍️ La récolte des attentes

Message implicite :
« Ta parole compte. »
Chaque participant arrive avec son histoire, ses besoins et ses objectifs.
Prendre le temps de recueillir ces attentes montre que la formation n'est pas un programme figé, mais un parcours construit avec le groupe.
Tu leur montres que tu t'intéresses à leur réalité et que tu vas tenir compte, autant que possible, de ce qu'ils apportent.
Les apprenants deviennent alors acteurs de leur propre apprentissage.
Cela contribue à créer une alliance pédagogique.
🖍️ Le programme visuel

Message implicite :
« Tu sais où tu vas. »
L'incertitude mobilise une partie de notre attention.
Le programme donne des repères et rend le parcours visible.
En rendant visible le déroulement de la journée, le programme rassure, donne des repères et permet aux participants de mieux se projeter dans les différentes étapes de la formation.
Le groupe peut alors consacrer son énergie… à apprendre.
🖍️ Les règles de vie

Message implicite :
« Voici comment nous allons fonctionner ensemble. »
C'est l'occasion de rendre explicites certaines conditions nécessaires pour oser participer : écoute, droit à l'erreur, respect de la parole, confidentialité selon le contexte…
Et surtout, tu peux montrer que ces règles ne sont pas seulement imposées par le formateur : elles peuvent être discutées ou complétées avec le groupe.
Cela rejoint particulièrement l'idée d'Edmondson selon laquelle le contexte et les comportements du leader contribuent à construire la sécurité psychologique.
5. Quatre paperboards, mais surtout quatre intentions
Visuel => Intention de formatrice
👋 Bienvenue => T'embarquer
👂 Attentes => T'écouter
🧭 Programme => Te donner des repères
🤝 Règles de vie => Créer un cadre sécurisant
Et derrière ces quatre intentions :
=> créer suffisamment de confiance pour que l'apprenant puisse participer, expérimenter et apprendre.
C'est là que les feutres deviennent autre chose qu'un outil de décoration.
Le visuel rend mes intentions pédagogiques visibles.
Je tiens à rappeler que ces quatre visuels ne créent évidemment pas, à eux seuls, la sécurité psychologique. Comme on l'a dit, celle-ci dépend de nombreux facteurs : la posture du formateur, les interactions au sein du groupe, la manière dont les erreurs sont accueillies, la place laissée à la parole…
En revanche, ils peuvent contribuer à créer les conditions dans lesquelles la sécurité psychologique peut se développer : ils donnent des repères, rendent le cadre explicite, ouvrent des espaces de parole et montrent aux apprenants qu'ils ont leur place dans le processus.
6. Et si finalement le paperboard était un outil de posture?
Et là, je terminerais avec quelque chose de plus personnel.
Parce que finalement...
le sujet n'est pas le paperboard.
Le sujet n'est même pas le dessin.
Le sujet, c'est ce que le formateur choisit de rendre visible.
Un « Bienvenue » peut rendre visible l'accueil.
Une récolte des attentes peut rendre visible l'écoute.
Un programme peut rendre visible l'intention de donner des repères.
Des règles de vie peuvent rendre visible la volonté de construire un cadre partagé.
Le visuel ne remplace pas la posture du formateur. Mais il permet de la rendre visible.
Finalement, il ne faut parfois pas grand-chose pour commencer à créer les conditions d'un apprentissage efficace.
Deux outils : un paperboard et quelques feutres.
Et surtout, une intention : permettre aux apprenants de se sentir suffisamment en confiance pour participer, expérimenter et apprendre.
ps: derrière chaque image, un lien vers une vidéo qui te montre comment réaliser le visuel ;)
Ressource travaux Amy Edmondson: Psychological Safety and Learning Behavior in Work Teams
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